Reviews

E570128A.  Aurora Leigh.

Journal des Débats, 28 January 1857, pp. 2–3.

As reprinted in The Brownings’ Correspondence, 23, 375.

[The article containing this review begins with comments on Thomas Babington Macaulay, which we omit.]

Si l’histoire mise en œuvre par ce grand artiste [Macaulay] joue en Angleterre pour la première fois le personnage nouveau que nous avons signalé, la poésie, sous la main d’une femme, mistriss Elizabeth Barrett Browning, vient de se changer en roman. Déjà Tennyson, Longfellow et plusieurs autres avaient préludé à cette métamorphose, qui dans «Aurora Leigh» est devenue complète et défini- [p. 3→] tive. Rien de bien neuf dans le sujet «d’Aurora Leigh.» C’est la plainte éternelle du cœur féminin, avide d’un idéal qui le fuit, demandant au monde et à la vie plus qu’ils ne peuvent donner, cherchant la gloire pour se desaltérer à cette source brûlante et reconnaissant le néant et le vide des immenses espoirs. Avec bien des défauts et des vulgarites, un mauvais plan, des tentatives de burlesque et de simplicité qui sonnent faux, le nouveau poëme-roman de ce grand poëte feminin (et c’est un grand poëte) a saisi les cœurs et remué les esprits. Passion, vérité, sérieux, sincérité, baguettes magiques en fait d’art. Mes chers mosaistes, mes très ingénieux analistes, vous ne remplacerez par aucun artifice ces dons primitifs et divins. Il y a dans l’œuvre nouvelle deux cents vers au moins qui ne s’oublieront pas: «Moi,» dit mistriss Browning, «user les types et faire gémir la presse pour donner au monde des vers tolérables que devront lire ceux qui agissent et souffrent! O l’intolérable idée! J’aimerais mieux m’exercer sur la corde roide. J’aimerais mieux me livrer sérieusement à un art frivole que de porter la frivolité dans un art sublime I(*)!» Et elle a raison.

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* ..... Tolerable verse, intolerable

To men who act and suffer! Better far

Pursue a frivolous trade by serious means,

Than a sublime art frivolously.

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Il faut convenir que le poëme de mistriss Barrett et la plupart des œuvres récentes ont quelque chose de hâtif et de précipité, comme si le temps leur eût manqué et que la maturité leur fit défaut. Concentration et harmonie, qualités perdues. Des taches et des scories, les marques d’un travail pressé, apparaissent çà et là. Les œuvres exquises, sinon parfaites, ne se montrent guère. Non que nous n’ayons tous bien de l’esprit et même, la plupart d’entre nous, beaucoup de génie: c’est le tracas des grandes villes et le pêle-mêle étourdissant de la vie moderne qui nous emportent. On n’aime plus la solitude:—la solitude! si bonne mère, ou si l’on veut si bonne nourrice pour Montaigne et Pascal, Voltaire et Gibbon, même, dans nos derniers temps, pour Byron et Mme de Staël, Rousseau et Walter Scott.

[The article containing this review concludes with comments on Harriet Beecher Stowe, which we omit.]

Philarète Chasles.

Reviewed:

Aurora Leigh (EBB), London: Chapman & Hall, 1857.

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