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SD2059.  Joseph Milsand to Sarianna Browning

Published in The Brownings’ Correspondence, 24, 256 (in part).

[Dijon]

[late March 1857] [1]

Chère demoiselle Browning,

Votre lettre a été la bienvenue sous tous les rapports. Elle m’a fait voir et sentir mieux que le bulletin de mon autre correspondant le point favorable qui s’est déclaré dans la santé de Darley et j’ai appris depuis que sa tête continuait à être à peu près dégagée quoiqu’il fût toujours très faible et sujet à ses secousses nerveuses.

Ce que vous me dîtes des Corkran est également satisfaisant. Puisque M Beard a été remis à la tête du Morning Herald et que le journal marche bien sous sa direction il y a chance en effet qu’il reste à son poste et Corkran au sien. Cela ne m’empêche pas de désirer vivement que cette situation provisoire reçoive enfin une solution fixe et pour le mieux. Mais les yeux qui voient en noir sont de mauvais conseillers.

Faites, je vous prie, mes amitiés à toute la famille. Vous m’avez d’ailleurs beaucoup amusé en particulier par votre peinture de Robert. Il n’y a pourtant rien de plus pitoyable qu’un homme embarrassé, mais c’est égal, cela est aussi fort drôle et on sait toujours assez ce que c’est par expérience pour rire un peu de soi en même temps que d’autrui.

A propos de nos amis d’Italie j’ai voulu lire ces jours derniers l’article de la Revue des deux mondes sur Aurora. Je trouve que votre sœur est bien patiente: Moi il m’a impatienté. M Montaigu [sic, for Montégut] est du midi et il en a tous les caractères; n’ayez pas peur jene ferai pas un trop longue course sur mon dada. Il explique tout par les circonstances, il ne songe qu’à la poésie des grands coups d’épée et des beaux assas[s]inats et il est désolé que les poètes aient une vie à eux qui les empêche d’être comme tout le monde. J’imagine qu’en voulant reconnaître dans les vers d’Aurora le sexe de l’auteur il a déplu à votre sœur– Mais ici c’est tout le sexe impertinent qui a la même manie.

Ce qui me frappe c’est son aisance. Il n’est tourmenté de rien. Il parle et parle sur le poème, en ayant l’air de remettre au lendemain le souci d’y préciser comme tous ces gens qui n’ont pas goûté à l’arbre de la science du bien et du mal son[t] heureux avec leur resonance de l’âge de l’innocence. Je ne peux pas dire l’effet que cela me produit. Je ne sais pas ce qu’il a vu: Je ne vois pas qu’il ait tâché de voir. Je ne reconnais rien de ce que j’ai vu, rien de ce qui m’a tourment[é]. Je ne sais pas ce qu’il dit. Ce sont des à peu près qui ne sont ni le faux ni le vrai qui ne sont rien. Il n’exprime rien de ce qui m’a plu ou déplu: il ne voit pas ce que j’ai vu: il ne relève pas comme embarrassant ce qui m’a préoccupé comme tel. Il ne dit pas et ne cherche pas à caractériser ce qu’elle a fait. Il ne se préoccuppe [sic, for préoccupe] pas des intentions qu’elle a eues <***>

Publication: None traced.

Source: Author’s draft at Armstrong Browning Library, Joseph Milsand Archive.

Translation:

[Dijon]

[late March 1857] [1]

Dear Miss Browning,

Your letter was welcome in every way. It made me see and feel better than my other correspondent’s bulletin the favorable turn Darley’s health has taken and I have since learned that his head has continued to be more or less clear even though he may still be weak and subject to nervous shaking.

What you tell me about Corkran is just as satisfying. Since Mr Beard has again been put at the head of the Morning Herald and the journal is doing well under his direction there is indeed a chance that he will remain at his post and Corkran at his. That doesn’t keep me from truly hoping that this temporary situation will finally be solved permanently and for the better. But eyes which see black are poor counselors.

Please give my greetings to all your family. By the way, you amused me very much especially with your portrayal of Robert. However there is nothing more pitiful than a man who is embarrassed, but all the same, it is also very funny and one always knows well enough what that’s like from experience to laugh a little about oneself at the same time as about someone else.

In regard to our friends from Italy, these last few days I have wanted to read the article about Aurora in the Revue des deux mondes. I find that your sister is very patient: He made me impatient. Mr Montaigu [sic, for Montégut] is from the south and he has quite a character; don’t worry, I won’t run on too long on my soapbox. He explains everything by circumstances, he thinks only of the poetry of great sword strokes and nice assassinations and he is sorry that poets have a life of their own which prevents them from being like everyone else. I imagine that in wishing to recognize Aurora’s verses the sex of the author displeased your sister– But here the whole impertinent sex has the same obsession.

What strikes me is his ease. He isn’t tormented by anything. He talks and talks about the poem, seeming to put off until the morrow the trouble of specifying, like everyone else who hasn’t tasted of the tree of knowledge of good and evil. |so| happy with their certainty about the age of innocence. I can’t tell you the effect that has on me. I don’t know what he saw. I don’t see that he has tried to see. I don’t recognize anything. I have seen none of what tormented me. I don’t know what he is saying. Those are approximations which are neither false nor true which are nothing. He expresses nothing of what pleased me or displeased me: He doesn’t see what I saw: he doesn’t highlight as awkward that which worried me as such. He doesn’t say and doesn’t seek to characterize what she does. He doesn’t concern himself with her intentions. <***>

1. Conjectural date based on Milsand’s reference to the review of Aurora Leigh by Émile Montégut in Revue des Deux Mondes, 15 March 1857.

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