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SD2404.  Joseph Milsand to Laure Milsand

Published in The Brownings’ Correspondence, 28, 359–360 (in part).

[Morey]

Dimanche [7 octobre 1860]

Ma chère amie

Je t’écris à la hâte à propos de ton portrait; peut-être n’est-ce pas pour te rendre service car il se pourrait que ma lettre servit seulement à te mettre dans l’incertitude; mais voici le fait. Ce matin j’ai reçu dans une lettre une carte de visite photographiée de M Browning le père. Le portrait en somme est admirable et vaut mieux que celui de mon frère et quoique peut-être un peu plus dur que les deux cartes que j’ai reçu de Rome il est presque aussi beau pour la pureté– La figure n’est pas salie comme dans tous les portraits que j’ai vus de Franck. Or j’apprends que le portrait n’a coûté que 5 francs les six exemplaires. Ce n’est pas que 10 francs de plus me semblent une affaire. Je veux dire que je ne tiens nullement à ce que nous fassions l’économie. Mais ce qui me ferait désirer que tu allasses d’abord chez l’artiste qui fait si bien en ne demandant que 5 francs par la demi-douzaine: c’est que 5 francs après tout ne sont pas une forte somme et que tu pourrais, si le portrait ne réussissait pas aller ensuite chez Franck. Vois si tu n’approuves pas ma combinaison—l’artiste se nomme Michel et il demeure No 3 rue de Miroménil près de la place Beauveau c’est à dire au milieu du Faubourg St Honoré à quelques pas de l’Elysée.

Très certainement le prédicateur dont tu m’as parlé est le même Mr Bersier qui écrit dans la revue chrétienne et qui est à mon sens un homme très remarquable. Il est cousin de M de Pressensé: et comme M de Pressensé, ainsi que le pasteur ordinaire de la rue Madame sont en ce moment absents de Paris, c’est M Bersier qui le remplace. Tu as été heureuse de l’entendre; car en temps ordinaire il ne prêche que dans l’église de la rue Taitbout à laquelle il est attaché. Seulement es-tu bien sûre qu’il soit aussi jeune que tu le dis: je le croyais jeune mais un air de vingt ans c’est plus de jeunesse que je n’aurais supposé.

J’aurais presque envie de te gronder: ou plutôt j’en ai eu l’idée mais je ne peux pas croire que ma vieille l’ait mérité. C’est à propos de ta soirée au théâtre français. Tu ne m’en avais pas parlé quoique d’après mes calculs tu doives m’avoir écrit dès le lendemain ou le surlendemain et de la part d’une personne comme toi, qui n’es pas femme à oublier si vite une soirée au spectacle cela m’a paru étrange. Je me suis demandé si tu n’avais pas gardé volontairement le silence. Mais je ne puis pas le croire– Seulement prends donc garde à l’avenir de penser avant de fermer la lettre à ce que tu peux avoir à me dire. Une autre fois déjà quelque chose d’analogue t’est arrivé. C’est précisément dans les petites choses qu’il faut éviter même les apparences qui tueraient la confiance pour les grandes. Moi surtout l’idée qu’on me ferait un mystère me serait insupportable.

Je pense bien que tu es maintenant à Paris avec mon Fillon. Embrasse-la sur les deux joues et dis-lui que le petit papa est content d’avoir reçu une lettre d’elle.– Seulement il paraît que Melle Clairette aime le bon vin, ce qui n’est pas trop joli pour une demoiselle. Tâche de la conduire toi-même au Musée Egyptien et fais-lui bien remarquer toutes les curiosités.

Je ne puis toujours rien faire: ma tête [est] parfaitement absurde: aussi ai-je une vie de juif errant. J’étais allé à pieds à Dijon mercredi. Jeudi je suis revenu à Morey. Vendredi j’ai débauché une de tes rivales, la conteuse d’histoires, pour aller avec elle et encore à pieds faire des visites à Nuit– Mais non je me trompe c’est hier samedi que j’ai fait cela vendredi j’avais couru pour réparer une sottise. Il s’agit d’un livre anglais auquel je tenais beaucoup et que j’ai oublié dans le chemin de fer en revenant de Dijon (car je suis revenu par le chemin de fer) Comme il y avait dans le même compartiment une dame de ma connaissance j’espérais qu’elle se serait peut-être aperçu de mon oubli—aussi ai-je fait le matin 5 kilomètres pour aller voir si elle ne m’avait pas renvoyé mon livre à notre château de Vougeot: et le soir j’en ai fait neuf pour m’assurer si par hasard le livre n’avait pas été renvoyé à une autre station celle de Gevrey. Mais hélas rien n’était arrivé– Je n’ai plus qu’une espérance. C’est que la dame qui allait à Marseille pour revenir bientôt aura pris le livre et l’aura gardé pour me le rapporter.

Aujourd’hui mon frère est venu nous voir; nous étions invités à déjeuner chez un Monsieur qui nous a retenus 2 heures à table; et nous avons passé le reste de l’après-midi à courir les vignes. C’est probablement vers le commencement de la semaine prochaine que nous nous apprêterons à vendanger.

Demain il faut encore que j’aille le matin à Gevrey pour y déjeuner avec une tante. Je voudrais bien pourtant avoir un peu de repos. Mon petit bout de compte-rendu n’a pas passé encore dans la revue mais cela ne m’étonne pas. Par les Brownings il m’est arrivé une lettre d’une amie de M Ruskin une demoiselle d’un certain âge qui a appris que Ruskin avait parlé de mon article sur lui comme de la seule critique qui eût jamais cherché vraiment à l’approuver: décidément j’aime les Anglais: c’est charmant de voir l’enthousiasme de cette demoiselle qui par suite de son admiration pour Ruskin voudrait pouvoir me témoigner la reconnaissance pour mon article. Elle me fait des offres de services: elle veut m’envoyer un portrait de Mistress Browning– Et puis elle a un peu peur aussi de mon second article et évidemment elle voudrait me bien disposer pour son héros. <***>

Publication: None traced.

Manuscript: Armstrong Browning Library, Joseph Milsand Archive.

Translation:

[Morey]

Sunday [7 October 1860]

My dear friend,

I am writing you in haste about your portrait; it may not be helpful to you because it is possible that my letter will just serve to create uncertainty for you; but here are the facts. This morning in a letter I received a carte de visite of the senior Mr Browning. As a matter of fact the portrait is admirable and is better than my brother’s and although it is perhaps a little harder than the two photographs I received from Rome it looks almost as good because of its purity– The face is not sullied as in all of the portraits by Franck which I have seen. Yet I have learned that the portrait cost only 5 francs for six copies. It is not that 10 francs more seem of great consequence to me. I mean that my concern is not to save money. But what makes me wish that you would go first to the artist who does such good work and asks only 5 francs per half dozen: it is that 5 francs after all are not a great sum and you could, if the portrait did not turn out well, go to Franck afterward. See if you do not approve of my plan– The artist’s name is Michel and he resides at No 3 rue de Miroménil near Place Beauveau, in other words right in the Faubourg St Honoré a few steps from the Elysée.

Very certainly the preacher of whom you spoke to me is the same Mr Bersier who writes in the Revue Chrétienne and who is in my opinion a very remarkable man. He is a cousin of M de Pressensé: and as M de Pressensé, as well as the usual pastor of Rue Madame are absent from Paris at the moment, it is M Bersier who is replacing him. You were lucky to hear him; for ordinarily he preaches only in the Rue Taitbout church to which he is assigned. But are you quite sure that he is as young as you say: I thought he was young but the appearance of a twenty-year-old makes him younger than I would have thought.

I would almost be inclined to scold you: or rather I thought of it but I cannot think that my old lady would have deserved it. It is about your evening at the Théâtre Français. You had not spoken to me about it even though by my calculations you must have written to me the following day or the day after that, and from a person like you, who are not a woman to forget a show so quickly, that seemed strange. I wondered if you had not intentionally kept silent. Just be careful in the future to think of what you might have to tell me before closing the letter. Something similar has already happened with you. It is precisely in small things that it is important to avoid even appearances which would kill confidence for large ones. For me especially the idea that someone would make a mystery would be intolerable.

I think that you are in Paris now with my Fillon. Kiss her on both cheeks and tell her that little Papa is happy to have received a letter from her.– It is just that it seems that Melle Clairette likes good wine, which is not very nice for a young lady. Try to take her yourself to the Egyptian Museum and really have her notice all the sights.

I still cannot do anything: my head [is] perfectly absurd: so I have the life of a wandering Jew. I went on foot to Dijon Wednesday. Thursday I returned to Morey. Friday I drew away one of your rivals, the teller of tales, to go with her, again on foot, to make some visits in Nuit– But no, I am mistaken, it is yesterday, Saturday, that I did that. Friday I ran around trying to fix a foolish mistake. It involves an English book which I liked very much and which I forgot in the train returning from Dijon (for I returned by train). Since there was a woman with whom I am acquainted in the same compartment I hoped that she might have noticed that I forgot it—so I walked 5 kilometers in the morning to go see whether she had sent my book to our château at Vougeot: and in the evening I walked nine to be sure that the book had not by chance been sent to another station, Gevrey. But alas nothing had turned up– I have just one more hope. It is that the woman, who was going to Marseille and returning soon, might have taken the book and kept it to bring it back to me.

Today my brother came to see us; we were invited to lunch with a gentleman who kept us at the table for 2 hours; and we spent the rest of the afternoon checking the vines. Probably toward the beginning of next week we will prepare for the grape harvest.

Tomorrow morning I need to go to Gevrey again to have lunch there with an aunt, though I would like to have a little rest. My little account still has not been in the Revue but that does not surprise me. By way of the Brownings I received a letter from a friend of M Ruskin, a lady of a certain age who learned that Ruskin had spoken of my article on him as being the only review which had ever really tried to endorse him: I certainly love the English: It is charming to see the enthusiasm of this lady who as a result of her admiration for Ruskin would like to express her appreciation for my article. She is offering me services: she wants to send me a portrait of Mistress Browning– And then also she is a little worried about my second article and obviously she would like to incline me favorably toward her hero. <***>

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