SD2727. Joseph Milsand to Sarianna Browning
Published in The Brownings’ Correspondence, 31, 309 (in part).
[Dijon]
[late October 1864] [1]
Chère demoiselle Browning
Vous me dites avec un admirable sang-froid de vous envoyer une longue lettre de babillages comme les vôtres. Mais, sans vouloir aucunement pratiquer l’art des compliments, cela est beaucoup plus facile à dire qu’à faire. À chaque lettre qui m’arrive je sens que je n’ai pas la présence d’esprit nécessaire pour rendre la monnaie de la pièce que je reçois. Maintenant surtout, ce diable de Ruskin a complètement accapparé [sic] ce que j’ai de cervelle. J’ai fait, en le lisant, ma provision de remarques et d’impressions; et sans le vouloir ma tête en ce moment est tout occupée à tacher de digérer ce qui l’a gonfle et de la réduire à un volume moins incommode. Que diriez- vous si j’allais vous débiter un article de revue. Où en seriez-vous si les fermiers ou les commerçants de votre connaissance vous envoyaient par la poste un résumé de tous les embarras de leurs affaires et de toute la peine qu’ils ont à payer leurs échéances. C’est assez de battre l’enclume quand on y est. La seule chose qui puisse vous intéresser c’est de savoir où j’en suis avec votre favori,—car il est un de vos favoris, et vous n’aimeriez pas à voir deux de vos amis en trop grande querelle. Rassurez-vous à cet egard. Je trouve en lui autant de choses qui m’attirent et me semblent admirables que des choses qui me dépitent. Pour me tirer d’affaire, le seul parti que j’aie trouvé, c’est d’admettre qu’il vaut beaucoup mieux que ses idées, que certaines de ces idées—et vous voyez que cela n’est pas trop malicieux. En dehors de mon métier, je ne vis ici que dans un bien petit monde. Ce n’est pas comme vous qui êtes en communication avec les quatres parties du globe. Ma mère ne sort pas le soir, et je passe seulement une heure dans notre petite société qui est bien plus petite qu’à l’ordinaire. Elle se compose seulement cette année d’un cousin qui dort quand il ne fait pas sa partie, qui a des poules de 100 francs des chevaux qui font 6 heures en 25 minutes des harengs russes à 10 francs la pièce; enfin qui est le plus majestueux hableur de la terre, du reste fort bon homme; plus de sa femme et de sa fille. La mère est une bonne et franche matrone, aimant beaucoup les visites, toujours souriante, toujours gaie et qui a pour moi quelque chose de très mystérieux. Elle se plaît évidemment à causer et à entendre causer sur tous les sujets elle a évidemment un certain don d’imagination et d’activité d’esprit qui l’en fait aimer le mouvement d’esprit et pourtant elle ne s’inquiète pas le moins du monde de tout ce qu’on peut dire: elle va comme un moulin sans entendre même ce quelle dit. C’est sa fille que j’appelle ma cousine favorite: c’est la plus droite la plus innocente des femmes avec une élégance qui tient à son amour pour ce qui est gracieux et qui n’a rien à faire avec la Coquetterie ou la vanité. Jusqu’à la maladie de son mari elle était la plus heureuse comme la plus heureusemen<t.> <***>
Publication: None traced.
Source: Author’s draft at Armstrong Browning Library, Joseph Milsand Archive.
Translation:
[Dijon]
[late October 1864] [1]
Dear Miss Browning,
You tell me, with admirable coolness, to send you a long letter with chit-chat like yours. But, without wanting to practice any of the art of compliments, that is much simpler to say than to do. With each letter which reaches me I sense that I do not have the presence of mind necessary for repaying the value of the document which I receive. Now, above all, this devil of a Ruskin has completely monopolized what brain I have. I have made, in reading him, my stock of remarks and impressions; and, without wanting it, my head at the moment is entirely occupied with trying to organize what fills it up and reduce it to a less inconvenient volume. What would you say if I were to ship you a review article? Where would you be if the farmers and merchants whom you know would send you by mail a summary of all the intricacies of their businesses and all the trouble they have in paying their bills? It is sufficient to pound on one’s own anvil. The only thing which might interest you is to know how I am doing with your favorite—for he is one of your favorites—and you would not like to see two of your friends in too much of a quarrel; reassure yourself in this regard. I find in him as many things which attract me and seem admirable to me as things which vex me. To help me out, the only way I would find is to admit that he is worth more than his ideas, than certain of his ideas—and, you see, that is not overly malicious. Other than through my calling, I live here within a very small social circle. It is not the same as for you who are in communication with the four corners of the globe. My mother does not go out at night, and I spend just an hour in our small society, which is much smaller than the ordinary. This year it is composed solely of a cousin who sleeps when he is not taking his part in the conversation, who has 100 francs worth of chickens, who has horses which go 6 hours in 25 minutes, some Russian herrings at 10 francs each: in short, who is the most majestic braggart in the world, nevertheless a very good man; plus his wife and his daughter. The mother is a good and uninhibited matron, loving visits, always smiling, always cheerful, and, to my view, having something very mysterious about her. She evidently likes to speak and to hear conversation about all subjects, she evidently has a certain gift of imagination and of mental nimbleness which makes her like mental animation, and yet she does not have the least concern in the world about anything which is said: she goes like the windmill without understanding even what she says. I call her daughter my favorite cousin: the most straightforward, the most innocent of women, with an elegance which comes from her love for what is graceful and has nothing to do with coquetry or vanity. Up to the death of her husband she was the happiest and the most happily <***>
1. Conjectural date based on Milsand’s references to his book on Ruskin and to his mother, who died on 4 December 1864.
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