SD2842. Joseph Milsand to Philibert Milsand
As published in The Brownings’ Correspondence, 32, 349 (in part).
Londres
19 Warwick Crescent Upper Westbourne Terrace.
31 oct. [1866]
Mon cher frère
Je suis plus qu’un peu coupable de ne pas t’avoir écrit. Mais, malgré tous les soins que les Brownings mettent à me laisser pleine liberté et à me faire sentir que je suis comme chez moi, tu comprends que je trouve plus difficilement le moment d’entretenir mes correspondances. Je suis arrivé à bon port, après une traversée de 5 heures, pendant laquelle je n’ai pas été malade. Nous avions du reste une mer fort douce. Je ne puis pas te donner une idée de la manière dont je suis traité par les Brownings. Robert a voulu me céder sa propre chambre à coucher: et je n’ai pas pu m’y refuser. Sa sœur et son fils ne songent comme lui qu’à me rendre la vie facile. On est toujours à ma disposition et je fais ce que je veux. Je regrette que tu ne sois pas ici pour voir de près ce que c’est que la vie anglaise. Elle est très confortable. Je suis du reste en bonne maison il y a une cuisinière, une femme de chambre, et un jeune garçon. Tout cela fonctionne sans bruit comme si cela n’existait pas. Je suis tout étonné d’être si peu dépatrié: Les figures seules m’étonnent.– Mais les lieux réveillent de plus en plus mes vieux souvenirs. Samedi j’ai été voir ramer Pen sur la Tamise. Dimanche je suis aller [sic, for allé] voir l’office dans une Église de Puseyites. Les puseyites sont une partie de l’Église Anglicane qui singe tout à fait les costumes et les cérémonies catholiques. L’imitation m’a fort amusé tant elle était évidemment une contrefaçon.
Hier j’ai dîné chez une sorte de prince marchand, qui avait voulu avoir à la fois Robert et son ami—notre hôte avait également invité Mr de Mussy le médecin de la famille d’Orléans—ce n’est pas le de Mussy de mon enfance; mais c’est son cousin et un Dijonnais aussi. La maison de M Benson (notre hôte) est un palais mais ce sont des gens habitués à être riches et qui n’ont pas l’air de s’en apercevoir. Il y a des salons éclairés par le haut il y a une sorte de galerie qui occuppe [sic] deux faces de la maison et qui ressemble à votre bibliothèque. Vins excellents, excellente cuisine—et ce qu’il y a de mieux: la dame et son mari m’ont plu. La dame est la sœur de Henri Lehman[n], le peintre parisien.
Ma femme t’a écrit pour te demander de l’argent. Elle a dû t’expliquer comment elle n’avait pas pu payer le piano: et comment d’un autre côté elle nous avait ruinés en renouvellant les garde-robes pour l’hiver.– Elles en avaient besoin du reste.
Creuse bien ta tête pour voir si tu aurais l’idée de quelque chose que je puisse te rapporter outre les trois objets convenus. Ce n’est pas que je songe encore à revenir. Je serais dans le cas de rester au moins trois semaines.
De nouveau mon vieux ne m’en veuilles pas de ne pas t’avoir écrit: Je n’ai pas de matériaux pour écrire dans ma chambre: et malgrè ma liberté je ne m’appartiens pas comme si j’étais dans mon trou.
Tout à toi de cœur
J Milsand
Laure a maintenant pour domestique une jeune Normande—mais je crois t’en avoir parlé (tourne S.V.P.[)] Il parait que la jeune Grenadier (je t’ai déjà dit aussi que c’était son nom) montre de la bonne volonté. Enfin les rêves de Laure sont couleur de roses. Virginie était toujours, par ma crainte des scènes et des éclats, une menace pour notre paix domestique. Je ne suis pas fâché que Laure puisse avoir une fille à sa main.
Publication: None traced.
Manuscript: Armstrong Browning Library, Joseph Milsand Archive.
Translation:
London
19 Warwick Crescent Upper Westbourne Terrace.
31 Oct. [1866]
My dear brother
I am more than a little blameworthy for not having written you. But, in spite of all the trouble which the Brownings take to give me total freedom and to make me feel at home, you understand I have more difficulty finding the time to keep up with my letter-writing. I arrived in good shape, after a 5-hour crossing, during which I was not seasick. We had, moreover, a very calm sea. I cannot give you a notion of how I am treated by the Brownings. Robert wanted to give me his own bedroom: and I could not refuse. His sister and his son, like him, have no thought but to make my life easy. They are always available and I do what I want. I regret that you are not here to see up close what English life is like. It is very comfortable. I am, moreover, in a good house with a cook, a maid, and an errand-boy. All this functions unobtrusively as if it did not exist. I am astonished to seem so much in my element: only the faces astonish me.– But the places awake more and more old memories. Saturday I watched Pen row on the Thames. Sunday I attended services at a Puseyite Church. The Puseyites are a branch of the Anglican Church which mimics absolutely Catholic vestments and ceremonies. The imitation amused me highly as it was obviously a counterfeit.
Yesterday I dined with a sort of merchant prince who wanted to see Robert and his friend together—our host had also invited Mr de Mussy, the physician from the Orleans family—not the de Mussy of my childhood; but it is his cousin, also a Dijonnais. The home of Mr. Benson (our host) is a palace, but these are people used to being rich who do not seem to be aware of it. There are parlors with skylights, there is a sort of gallery which occupies two sides of the house and which resembles your library. Excellent wines, excellent cooking—and what is better, I liked the lady and her husband. The lady is the sister of Henri Lehman[n], the Parisian painter.
My wife wrote you asking for money. She must have explained how she could not pay for the piano, and on the other hand has ruined us in renewing the winter wardrobe.– It needed it, moreover.
Rack your brain to see whether you might have an idea of something I could bring you in addition to the three objects agreed upon. Not that I am thinking yet of returning. I will be able to stay at least three weeks.
Once again, old chap, please do not blame me for not having written; I do not have writing materials in my room: and in spite of my freedom I am not free as if I were in my hole.
All yours from the heart
J Milsand
Laure now has as a domestic, a young girl from Normandy—but I believe I have mentioned it (turn the page, please). It seems that young Grenadier (I have also already mentioned that that is her name) shows goodwill. Thus Laure has rose-colored dreams. Virginia was always, by my fear of scenes and of uproars, a menace to our domestic peace. I am not sorry that Laure can have a girl at hand.
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