Supporting Documents

SD2973.  Joseph Milsand to Laure Milsand

As published in The Brownings’ Correspondence, 32, 384–385 (in part).

19 Warwick Crescent

Upper Westbourne Terrace

31 Mars [1868] [1]

Ma chère amie

Hier je me suis laissé aller à la paresse et ma lettre se trouve retardée d’un jour: mais en vérité je ne m’appartiens guère: le matin après le déjeuner nous causons tous, nous lisons les journaux: et le second déjeuner de une heure coupe tellement la journée que la moindre course à faire me mène jusqu’à 6 heures. D’ailleurs voilà ma vie mondaine qui a commencé. Samedi je m’habillais à dix heures du soir pour aller chez un prince marchand qui habite un vrai palais et qui nous a fait entendre les deux celebrités musicales du jour Mme Shuhman (une pianiste) et Joachim, le plus étonnant violon que j’aie entendu. Les salons étaient pleins de splendides toilettes et, outre les belles dames plus ou moins vêtues, j’y ai vu quelques hommes remarquables: entre autres Bulwer l’auteur du dernier des Barons.– Malheureusement je suis toujours abattu—et sourd d’une oreille—ce qui me fait faire une assez triste figure– Ce soir encore je suis invité à une soirée du même genre chez le frère de Mme Benzon, notre hôtesse princière de samedi. Note que le dit frère est un Lehman peintre et frère du Lehman peintre de Paris.. Nous entendrons encore chez lui Joachim et Mme Shuhman et il paraît que nous y verrons un monde encore plus aristocratique que chez sa sœur.– D’un autre côté hier soir, sur l’avis de Pen, nous sommes allés voir une pièce de Dickens au théâtre Adelphi: la salle est jolie et nous avons eu de bons acteurs: surtout un certain Webster qui jouait le rôle d’un garçon de cave. J’ai vu dans la même pièce Fechter, l’ancien acteur français, qui a réussi à se faire une réputation à Londres:

Au milieu de cette vie, je ne sais trop où j’en suis, mais j’espère que cela me fait du bien d’être ainsi violemment détourné de mes idées fixes.–

Pen est ici maintenant et le pauvre Robert malgré mes réclamations énergiques couche sur un lit de camp dans une petite chambre d’où il a à sortir en robe de chambre pour aller tous les matins prendre sa douche en traversant la chambre à coucher de son fils. Cela me contrarie fort:—Pen est tout occupé a ramer sur la rivière: et tout absorbé par la grande lutte qui va avoir lieu samedi entres les rameurs des deux universités. Tu ne peux pas t’imaginer la manière dont chacun se passionne pour cette course de bateau. Chaque université a sa couleur (Oxford, le bleu foncé;—Cambridge le bleu clair) et tous les magasins de nouveauté de marchandises de mode sont remplis de cravates de chapeaux de femme, de fleurs artificielles aux couleurs des universités– Chacun prend parti pour Oxford ou pour Cambridge: et le jour de la course il paraît que toutes les femmes et les hommes ont le chapeau, ou la cravate bleu, clair ou foncé.

J’ai peur de ne pas faire usage de la lettre de Melle Darley. Remercie-la de son obligeance quand tu la verras– Je ne sais pas, au fait, si je retournerai encore à Oxford—car ces voyages me ruinent.

J’ai eu ces derniers jours une longue lettre de Mme Braud qui m’expliquait ses ennuis. On ne lui a pas payé en Janvier les 700 francs qu’on lui devait en plus, de la pension de Marie. Et on ne peut plus les lui payer, vu que l’argent a été employer [sic, for employé] pour solder les avocats de Londres– D’un autre côté le père de Marie ne veut pas qu’on vende une ou deux actions: et comme les jeunes gens n’ont pas de quoi faire les frais d’intallation, le mariage est menacé de ne pas avoir lieu avant Juillet– Cela contrarie d’autant plus Mme Braud qu’elle attend en Juin l’enfant et le mari veuf de sa pauvre fille: et pour tâcher de sortir de cette impasse elle a parlé à l’avocat de Paris de la promesse que le père de Marie avait faite de lui donner je ne sais plus combien par an. Mieux que cela elle a envoyé à cet avocat une copie de la lettre où la promesse était faite.

Je regrette beaucoup cette démarche: et je l’ai dit franchement à Mme Braud: j’aurais trouvé plus digne qu’on laissât tranquille le père. Je lui ai expliqué d’ailleurs ce que m’a dit Crowe avec lequel j’ai eu une conversation fort instructive pour moi. Le fait est que Crowe et Mr Fraser en leur qualité de fideicommissaires sont responsables de la fortune confié a leur soin. Si Marie venait à mourir, ses héritiers auraient le droit de leur demander compte jusqu’au dernier sou de tout le capital laissé par Maria Hamerton. Voilà pourquoi  Mr Frazer [sic] le père, aussi bien que Crowe, ne veulent pas permettre qu’on vende des actions. Le pauvre Crowe était même tout a fait effrayé: il croyait d’après ce que lui avaient dit les avocats de ses amis, qu’il resterait responsable pendant toute la vie de Marie. J’ai fait mon possible pour le rassurer, en lui faisant remarquer

.. que d’après le testament la fortune devait être remise en la possession de la jeune fille le jour de son mariage si elle se mariait du consentement des deux curateurs.

Toujours est il que les deux curateurs exigeront que la fortune soit mise a l’abri de tout danger par un contrat de mariage: et j’ai grand peur qu’ils ne tâchent de faire rédiger un contrat qui enlève au mari le droit de toucher au capital. Ce serait terrible pour les jeunes gens de se voir ainsi liés: et d’ailleurs cela leur enlèverait la possibilité de rembourser un emprunt.

Je m’explique mal—ce que je veux dire c’est que la crainte d’un contrat qui lie la fortune est suffisante pour les empêcher de faire un emprunt à l’heure qu’il est. Je me demande si par hasard Mme Braud n’avait pas la pensée indirecte d’en appeler à ma bourse—mais sans m’expliquer je lui ai répondu quelque chose qui signifait que je ne pouvais pas faire ce que j’aimerais faire.

Pas de nouvelle lettre de mon frère– Diable, comme tu y vas avec Claudine!—toujours est-il que j’aimerais avoir une occasion pour dire encore un mot dans ton sens. Seulement je ne veux pas écrire de nouveau à mon frère pour lui donner des avis, avant qu’il m’ait repondu.

C’est par système ma pauvre amie que je ne me permets pas d’être tendre ni de m’abandonner à mes pensees pensées à ton égard.. Ce n’est pas encore le moment. Dis à mon cher petit Fillon que je suis trop stupide pour lui écrire. Même en t’écrivant à toi, c’est à peine si je puis mettre mes phrases sur pied. On me dit pourtant que j’ai fort bonne mine.

Je ne suis pas sûr que la remarque de Mme Bersier sur les habitués de la chapelle ait eu le sens que tu lui attribues. Mais n’importe; je suis très disposé à faire pour la société évangélique quelque chose, quoiqu’en vérité je regrette leur séparation d’avec l’Église établie.– Raconte-moi par le menu vos faits et gestes, les personnes qui te viennent voir, les leçons de Fillon–. Fais mes amitiés à Mme Charpentier et aux Chabres, aux Milsands aux Lalots.—à propos de Mme Lalot, je ne puis plus trouver de pot a crème comme le notre)

J’ai à peu près vos heures de repas, et je les trouve très incommodes, cela soit dit sans intention de jeter une pierre dans ton jardin.

Tends tes joues ma pauvre moitié et laisse moi les baiser. C’est absurde d’être empaillé comme je le suis par sa vieille femme. Pourtant je persiste à être de tout cœur son misérable esclave.

J Milsand.

Dis à la concierge de ne pas me retourner une lettre à Londres sans y faire ajouter un timbre de quatre sous—si cela est impossible mieux vaut que tu ajoutes toi même un timbre de 8 sous car moi j’ai 12 sous a payer ici.

Address: Madame / Milsand / 31 rue Perronet / Neuilly-Paris / (France).

Publication: None traced.

Manuscript: Armstrong Browning Library, Joseph Milsand Archive.

Translation:

19 Warwick Crescent

Upper Westbourne Terrace

31 March [1868] [1]

My dear friend

Yesterday I let myself go to laziness, and my letter is delayed by a day: but in truth I am scarcely ever free: in the morning after breakfast we all talk, we read the newspapers: and lunch at one o’clock cuts up the day so much that the least errand takes me to 6 o’clock. Moreover, now my worldly life has begun. Saturday I dressed at ten o’clock in the evening to visit a merchant prince who lives in a real palace and who had us listen to the two musical celebrities of the day, Mme Schumann (a pianist), and Joachim, the most marvelous violinist I have ever heard. The drawing-rooms were full of splendid dresses and, in addition to the beautiful women more or less dressed up, I saw several remarkable men: among others, Bulwer, the author of The Last of the Barons.– Unfortunately, I was still depressed—and deaf in one ear—which made me have a somewhat wretched appearance– This evening I am again invited to a party of the same kind at the brother of Mrs. Benzon, our princely hostess on Saturday. Note that the said brother is a Lehman, a painter, brother of the Lehman, painter, of Paris.. We will listen to Joachim and Mme. Schumann again at his house, and it seems there we will see an even more aristocratic crowd than at his sister’s.– On another matter, last night, on Pen’s advice, we went to see a play by Dickens at the Adelphi Theatre. The hall is beautiful, and we had good actors, particularly a certain Webster, who played the part of a cellarer. In the same piece I saw Fechter, the former French actor, who has succeeded in establishing a reputation in London.

In the midst of this life, I hardly know where I am, but I hope it will do me good to be so violently diverted from my fixed ideas.–

Pen is here now, and poor Robert, in spite of my vigorous protests, is sleeping on a cot in a little room from which he has to go out in a dressing-gown every morning to take his bath, going through his son’s bedroom. That bothers me a great deal. Pen is entirely busy rowing on the river: and entirely absorbed by the great contest which will take place Saturday between the oarsmen of the two universities. You cannot imagine how everyone is excited about this boat race. Each university has its color (Oxford, dark blue;—Cambridge, light blue), and all the stores with the latest fashion are full of neckties, ladies’ hats, and artificial flowers in the colors of the universities. Each person chooses Oxford or Cambridge: and on the day of the race, it seems that all the women and the men will have on a light- or dark-blue hat or necktie.

I am afraid I will not make use of Miss Darley’s letter. Thank her for her kindness when you see her. I do not know for certain whether I will return to Oxford again—because these trips wear me out.

Recently I had a long letter from Mme Braud which explained her troubles. In January, she was not paid the 700 francs owed her in addition to Marie’s board and lodging. And they will not be able to pay her, seeing that the money has been used to pay the lawyers in London. Moreover, Marie’s father does not want one or two shares of stock to be sold: and since the young people do not have anything to pay the initial household costs, the wedding is in danger of not taking place before July. This is especially upsetting for Mme Braud, who in June is expecting the child and the widowed husband of her poor daughter, and trying to emerge from this dilemma, she spoke to the lawyer in Paris about the promise Marie’s father made, to give her I do not recall how much each year. Even more, she has sent this lawyer a copy of the letter in which the promise was made.

I deeply regret this proceeding: and I said so frankly to Mme Braud. I would have found it more dignified to let the father alone. I expressed to her, moreover, what I was told by Crowe with whom I had a conversation which was very instructive for me. The fact is, Crowe and Mr. Fraser, in their capacity as trustees, are responsible for the property entrusted to their care. If Marie should die, her heirs would have the right to demand an accounting down to the last penny of all the stock left by Marie Hamerton. That is why Mr. Frazer [sic], the father, as well as Crowe, do not wish to permit sale of the shares. Poor Crowe was even altogether terrified: he thought, from what his friends’ lawyers had told him, that he would remain responsible during the whole of Marie’s life. I did my best to reassure him, making him observe

 .. that, according to the will, the property must be delivered into the possession of the young woman on the day of her marriage, if she married with the consent of the two guardians.

Nevertheless, the two guardians will require the property to be placed secure from all danger in a marriage contract: and I greatly fear that they will try to have a contract drawn up which will remove the right of the husband to touch the stock. This would be terrible for the young people, to see themselves thus restricted: and, moreover, this would remove the possibility of repaying a loan.

I am expressing myself poorly—what I mean is that the fear of a contract which ties up the property is enough to hinder them from taking out a loan at the present time. I wonder whether by chance Mme Braud might have had a hidden thought of appealing to my purse—but, without explaining myself, I replied to her something to the effect that I could not do what I would like to do.

No new letter from my brother– The devil, how you go on with Claudine! Still, I would like to have an opportunity to say yet another word about your judgment. Only I do not want to write again to my brother, to give him my advice, until he has responded to me.

My poor friend, I systematically do not permit myself to be tender nor to abandon myself to my sentiments in your regard.. It is not yet the moment. Tell my dear little Missy that I am too dull to write her. Even in writing to you, I can scarcely put my sentences on their feet. However, they tell me I am looking very well.

I am not sure that Mme Bersier’s remark about the regular attendees at the chapel has the sense you ascribe to it. But never mind; I am quite disposed to do something for the evangelical society, although in truth I regret their separation from the established Church.– Tell me in minute detail your doings and activities, the people who come to visit, Fillon’s lessons.– Give my regards to Mme. Charpentier and to the Chabres, the Milsands, the Lalots.– (In regard to Mme Lalot, I am unable to find a cream-jug like ours).

I have almost your mealtimes, and I find them very inconvenient, this being said without any intention of throwing a stone into your garden.

Give me your cheeks, my poor better half, and let me kiss them. It is absurd to be stuffed full of this old lady, as I am. However, I persist in being wholeheartedly her wretched slave.

J Milsand

 

Tell the concierge not to forward to London without adding a four-sous stamp—if that is impossible, it would be better if you yourself added an 8-sous stamp, because I have 12 sous to pay here.

1. Year provided by postmark.

___________________

National Endowment for the Humanities - Logo

Editorial work on The Brownings’ Correspondence is supported by the National Endowment for the Humanities.

This website was last updated on 7-25-2026.

Copyright © 2026 Wedgestone Press. All rights reserved.

Back To Top