SD2976. Joseph Milsand to Laure Milsand
As published in The Brownings’ Correspondence, 32, 386 (in part).
Londres
19 Warwick Crescent
Upper Westbourne Terrace W
13 Avril [1868] [1]
Ma chère et bonne Laurette
Cela est vrai je ne t’avais pas dit un mot de ta lettre quoique je l’eusse dûment reçue; mais au moment de t’écrire je n’avais pas pu la retrouver: j’ai la tête si trouble que tout en me rappelant une partie de son contenue, je m’imaginais à demi que tu étais restée dix jours sans m’écrire. Tout d’abord une masse de bons baisers à ma chère vieille en l’honneur de son jour de naissance; et que Dieu lui accorde un grand nombre de semblables jours: qu’elle me pardonne mes accès de malice: et aimons nous de tout notre cœur jusqu’au bout. Voilà mon bouquet pour la chair de ma chair. Tout ce que tu m’avais raconté était au contraire fort intéressant. Je vois avec grande satisfaction que mon Bersier s’est mieux conduit à l’égard des Arabes qu’on ne l’a fait dans notre pays en général: quant à Melle Jane Darley elle est charmante: et toutes les personnes de son nom semblent l’être également. J’étais avant hier chez les Corkran et les demoiselles m’ont accablé de questions sur ma fillette et sur toi. Henriette, me disaient-elles, leur avait dit tant de bien de vous deux; et elles avaient grand désir de vous voir: elles m’ont même je crois chargé de vous faire leurs amitiés.
Ne t’ai-je donc pas raconté avec tous les détails voulus la course de canots. Certainement ce sont les jeunes gens d’Oxford qui ont remporté la victoire. Voilà 6 ou 7 ans de suite que cela leur arrive. En revenant au-milieu de la foule je disais tout haut ces pauvres garcons de Cambridge je m’étonne qu’ils ne renoncent pas à la lutte. Oh non non, jamais, me répondirent deux ou trois voix à côté de moi. Toujours est-il que depuis ce jour-là je n’ai pas pu jouir de mon pantalon: il paraît que rien n’est difficile comme d’enlever le goudron. Note qu’il s’agit de mon beau pantalon: mais le dégraisseur à qui je l’ai fait donner doit me le rendre demain. En attendant j’ai mis mon pantalonnet d’été avec un caleçon.
Il faut avouer en effet que Mme Milsand est une étrange femme. Je n’y conçois rien. Je suppose qu’elle nous regarde tous deux comme d’abominables conspirateurs: et qu’au moindre mot de toi, elle se venge contre ma pauvre vieille de tous nos pêchés à nous deux mais il ne faut pas faire attention à cela.
J’ai vu par une lettre de mon frère que tu lui avais demandé des fonds; moi aussi avant hier j’ai dû lui demander 100 francs: j’insiste pour payer quand je sors en campagne: Dieu sait pourtant quelle résistance on m’a fait: j’ai manqué de me brouiller avec Melle Browning: mais enfin dans deux ou trois circonstances j’ai voulu payer et l’argent file si vite.– Du reste je me dispenserai je crois de rien acheter pour Mme Roux. Elle ne veut pas de la forme pelisse qui est la forme reçue; elle veut une MacFerlane: et d’un autre côté elle m’a fait dire que tout ce qu’il y avait de mieux en imperméable ne coûtait que 30 francs à Paris.. Je désespère de la satisfaire, quant à toi et à Fillon vous serez servies.
L’oncle Bébert m’a répondu, comme un brave indigné qu’on soupçonne son courage,—qu’il n’avait pas changé d’avis à l’égard de sa domestique—du reste elle se marie en effet. Tires-en tes conclusions mon terrible juge d’instruction.
Je t’écris, à demi gelé,—les beaux jours ont fait place à une température d’hiver– Ce qui n’empêche pas qu’aujourd’hui nous allions à Windsor avec Mme Bracken c’est elle qui l’a voulu– Nous n’avons pas profité du beau temps parce que nous attendions la pousse des feuilles—puis est venue la semaine Sainte pendant laquelle Melle Browning, aime à aller à ses services. Maintenant il fait froid: et des dernières courses que nous avions projetées nous n’en avons pas fait une.
Je ne tarderai pas cependant à songer au retour. Mais je ne veux pas encore en parler aujourd’hui.
J’ai en effet vu le frère de Mme Braud—mais de quoi vais je te parler. Je t’ai déjà raconté comment je n’avais pas été satisfait de lui. Le testament m’a été rendu par Crowe et a été reporté par moi à Mme Braud. Je suis toujours fort bête—et je ne cesse pas d’être sourd ce qui me gêne beaucoup pour causer.
Baise-moi donc voir ce Fillon sur les deux joues: parce qu’elle veut bien être sage. Dis-lui que j’ai été très satisfait de sa dernière lettre. Aujourd’hui j’ai trop fait pour lui répondre: mais je lui écrirai probablement une lettre adressée spécialement à elle. Qu’elle ne s’avise pas de dire à Sisille que je n’ai pas demandé de ses nouvelles.
Les oreilles pourtant ont dû lui teinter car j’ai parlé d’elle ici. Owley est très solennel, il reste maintenant toute la journée sur un cadre mais nous sommes bons amis. Mille baisers pour ma chère Fillette et mille baisers pour ma vieille.
J Milsand
Tu as bien fait de faire faire le portrait de ton père.
Address: Madame / Milsand / 31 rue Perronet / Neuilly-Paris / France.
Publication: None traced.
Manuscript: Armstrong Browning Library, Joseph Milsand Archive.
Translation:
London
19 Warwick Crescent
Upper Westbourne Terrace W
13 April [1868] [1]
My dear and good Laurette
It is true that I had not said a word about your letter, although I received it duly, but at the time of writing I had not been able to find it. My head is so disordered that, while remembering part of its content, I half thought that you had gone ten days without writing to me. First of all, a heap of good kisses to my dear old lady in honor of her birthday; and may God grant her a great number of such days; may she pardon my fits of malice: and let us love each other with all our heart until the end. That is my bouquet for the flesh of my flesh. Everything you told me was, on the contrary, very interesting. I see, with great satisfaction, that my Bersier is behaving better in regard to the Arabs than has been done in general in our country: as for Miss Jane Darley, she is charming, and all the people with her name seem to be equally so. The day before yesterday I was with the Corkrans, and the young ladies overwhelmed me with questions about my little girl and about you. Henriette, they told me, had said much good about you two; and they longed to see you. I believe they also asked me to send you their regards.
Have I not recounted to you all the required details about the boat race? Certainly it was the young men from Oxford who won the victory. This makes 6 or 7 years in a row that this has happened. In returning to the midst of the crowd, I said aloud, “I wonder why the poor boys from Cambridge do not give up the contest.” “Oh, no, no, never,” responded two or three voices near me. Anyway, since that day, I have been unable to use my trousers: it seems that nothing is as difficult as removing tar. Note that I am speaking of my good trousers: but the cleaners to whom I had them sent should get them back to me tomorrow. Meanwhile, I am wearing my summer trousers with long underwear.
It must be confessed that Mme Milsand is indeed a strange woman. I do not understand it at all. I suppose she regards both of us as abominable conspirators: and that at the least word from you she will avenge herself against my poor old lady for all the sins of both of us, but no attention must be paid to that.
I saw by a letter from my brother that you had asked him for money. The day before yesterday I also asked him for 100 francs: I insist on paying when I go out into the countryside; God knows, however, what resistance I get. I was very near quarreling with Miss Browning, but finally in two or three cases I wanted to pay, and the money goes so fast. However, I will spare myself, I think, from buying anything for Mme Roux. She does not want the pelisse style, which is the accepted one; she wants a MacFarland; and, another point, she had it told me that what was best in raincoats cost only 30 francs in Paris .. I despair of satisfying her; as for you and Missy, you will be served.
Uncle Bébert replied to me as an indignant bully whose courage has been doubted, that he did not change his mind in regard to his servant—however, she is indeed getting married. Draw your own conclusion, my terrible police magistrate.
I write to you half frozen. The beautiful days have given way to winter temperatures, which is not preventing us from going to Windsor tomorrow with Mme Bracken; it is she who desired it. We did not take advantage of the good weather because we were waiting for the leaves to come out. Then came Holy Week, when Miss Browning likes to attend its services. Now it is cold; and, of the last outings we had planned, we have not taken one.
Nevertheless, I will not delay thinking about my return. But I do not yet want to talk about it today.
I did indeed see Mme Braud’s brother—but what should I tell you? I have already told you how I was not pleased with him. The will was returned to me by Crowe and taken back by me to Mrs. Braud. I am still quite stupid—and I have not ceased being deaf, which hampers me considerably in conversing.
Do kiss Missy on both cheeks for me, because she has been well-behaved. Tell her that I am very pleased with her last letter. Today I have done too much to answer her: but I will probably write her a letter addressed exclusively to her. She should not take it into her head to tell Sisille that I have not asked for news about her.
Her ears must have been burning, since I have spoken of her here. Owley is very solemn, resting now all day on a picture frame, but we are good friends. A thousand kisses for my dear Missy, and a thousand kisses for my old lady.
J Milsand
You did well to have a portrait of your father made.
1. Year provided by postmark.
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